Organes à vendre

Cependant, les gouvernements n’ont pas de scrupules à ce sujet, même quand leurs décisions veulent dire la mort de centaines d’individus. Après tout, il ne sont pas tenus responsables de leurs actions, et elles n’ont aucune conséquence pour leur total de votes. Résultat : encore plus de morts par démocracie.

Au Canada, plus de 3 500 patients attendent des dons d’organes à chaque année. Jusqu’à 25% de ces patients – environ mille personnes – vont mourir sur les listes d’attente. Aux États-Unis, le portrait n’est pas plus rose. Environ 75 000 personnes sont en attente chaque année et au moins cinq mille vont en mourir.

Les reins, les organes qui constituent la vaste majorité des greffes, présentent une situation similaire. Au Canada, 3 000 personnes attendent pour un rein, ce qui représente plus de 700 morts. Aux États-Unis, 40 000 personnes sont en attente d’un rein, et mille d’entre elles vont en mourir.

Comment expliquer ce constat ? Encore une fois, nous devons pointer le doigt au gouvernement. Bien sûr, le seul fait qu’il y ait une telle pénurie pointe directement vers l’intervention gouvernementale. Cette pénurie est en grande partie causée par l’illégalité de la vente d’organes. Aux États-Unis, le National Organ Transplant Act a été passé en 1984. La situation est similaire au Canada avec la Loi sur le don de tissus humains.

Pourquoi est-ce que la présence d’une pénurie indique une intervention malfaisante du gouvernement ? La raison est simple à comprendre. Dans un système privé, les agents économiques ont intérêt à entrer dans le marché pour remplir des besoins inassouvis. Combien d’entrepreneurs et de docteurs donneraient un bras et une jambe pour puiser leur clientèle des salles d’attente pleines ! La même chose est vraie pour le don d’organes. Mais dans un système public, la valeur des lits d’hôpitaux n’est pas comptée en terme d’argent mais en terme de votes. La même chose est vrai pour les lois.

La rationalisation utilisée pour justifier ces lois tourne autour des soit-disant problèmes économiques et éthiques de la question. Pour être plus précis, elle se base sur le crainte que les plus pauvres se retrouveraient dans une situation où ils ne pourraient se procurer d’organes, et que la vente et l’allocation d’organes sur une base monétaire est moralement répugnante.

Les arguments économiques ne tiennent pas debout car, non seulement est-ce que la demande est considérablement petite comparativement à la population de donneurs potentiels, mais le prix légal serait beaucoup moins élevé que les prix du marché noir. Quant aux arguments moraux, mes lecteurs savent assez bien ce que je pense de la confusion socialiste entre la moralité et la politique : un tel sujet serait trop long à traiter ici, mais il suffit de dire que la moralité d’une action n’a, strictement parlant, rien à voir avec sa légalité. Ce sont deux domaines distincts de nature.

 

C’est une ironie morbide et absurde de discuter de moralité quant des milliers de personnes meurent chaque année.

C’est une ironie morbide et absurde de discuter de moralité quant des milliers de personnes meurent chaque année. Si cela n’est pas un problème moral au plus haut point, je ne sais pas ce qui pourrait bien l’être ! C’est ce standard cynique de votes , de mépris pour leurs citoyens, qui font des politiciens une race aussi ignoble.

Certainement, l’idée de vendre ses organes, durant notre vie ou à notre mort, peut sembler terrible pour beaucoup de gens. D’autres, par besoin ou par compassion, seraient prêts à le faire. La conséquence de la démocratie est toujours de monter les valeurs de la majorité en règle absolue et de priver la minorité d’actions bénéfiques qu’ils pourraient poser, et ce cas n’est pas différent des autres.

Évidemment, comme dans toute Prohibition sociale, qui dit illégalité dit marché noir. Le désespoir pousse beaucoup de gens à acheter des organes sur les marché noir locaux et étrangers. Le marché noir au Québec commence à peine à émerger, et est surtout composé d’immigrants. Plusieurs d’entre eux tentent de rendre leur efforts plus acceptables en clamant des motifs altruistes, et les hôpitaux, au lieu d’encourager ces dons de vie, font “tous les efforts” pour enrayer ce phénomène.

Les “touristes de la transplantation” prennent aussi leur essor. Des centaines de Canadiens cherchent le salut par l’étranger. Cependant, comme pour tout marché noir, aller se faire traiter à l’étranger est un risque considérable. Les patients s’exposent non seulement à des maladies infectueuses et n’ont aucun dossier médical pour assurer un suivi sûr, mais ils le font sous danger de fraude – une greffe qui n’a pas lieu – ou pire. Roger Kinnee, de la Colombie-Britannique, est allé se faire greffer rein et est mort sur le vol du retour. De plus, ces opérations coûtent entre 50 000 et 100 000 $.

Le marché noir a d’autres effets. Il encourage la criminalité et cause meurtres et enlèvements. Ceci n’est pas surprenant : en fait, ce qui est surprenant est qu’on doive le pointer du doigt. À une plus petite échelle, c’est exactement la même chose que nous avons vécu avec la guerre contre l’alcool aux États-Unis, et la guerre contre la drogue maintenant. Toujours la même chose, mais on n’apprend toujours pas.

En fait, le marché noir devrait devenir de plus en plus important. Ceci est dû, bien sûr, au vieillissement de la population, qui entraînera une plus grande demande en organes. Cependant, il ne faut pas oublier les politiques absurdes de tous les paliers de gouvernements, qui continueront à gonfler les listes d’attentes.

Les attaques contre le droit des citoyens à l’auto-détermination en ce qui a attrait à leur corps ne sont pas nouvelles. Elles ont existé depuis la guerre contre la drogue, les lois contre le droit total à l’avortement, le mépris contre les mères porteuses, et les nouvelles attaques contre le clonage. Les lois contre la vente d’organes ne représentent qu’une suite logique de la tendance naturelle des gouvernements socialistes à refuser toute liberté corporelle.