Le monde rose-bonbon

Les faits sont tout autres. La philosophie politique, l’économie moderne, la psychologie, pointent tous dans la même direction : celle du libertarianisme. Le monde n’est pas rose-bonbon, mais complexe, et demande des solutions basées sur la pensée rationnelle.

J’expose donc ici les sept plus grands mythes libéraux et conservateurs rose-bonbon.

1. Tout le monde est un génie. Nous avons tous la science infuse.

Dans le monde rose-bonbon des étatistes : Si seulement nous aurions une démocratie complète, tous nous problèmes seraient réglés, car nous avons tous la science politique, nous sommes tous des petits génies politiques. Tout le monde est capable de voter avec intelligence sur n’importe quel sujet. C’est à cause des méchantes constitutions et autres systèmes doctrinaires que notre société s’est détériorée. Il faut donc éliminer nos systèmes politiques et passer le contrôle entre les mains des majorités et de leurs représentants. La démocracie est la liberté.

Notez que cet argument est aussi utilisé par les anarchistes. Comme ils pensent que les droits naturels seraient une propriété émergente d’une société sans gouvernment, ils arrivent à la même conclusion.

C’est réconfortant de penser cela car : De penser que la politique est un domaine dans lequel la plupart des gens ne sont pas assez instruits est insécurisant, et de penser que nous sommes tous des génies est sécurisant. Simplifier toute situation politique à quelques slogans ou bromides est intéressant, car cela nous donne le pouvoir à tous de compredre des situations qui, si on y regardait rationnellement, serait trop complexe pour nous.

Dans la réalité : La plupart d’entre nous ne feraient pas de bons politiciens. L’éducation en matière de politique, d’économie, d’éthique ou de psychologie dans nos écoles est déficiente. Le résultat des élections nous le prouve encore et encore.

Même si nous étions capable de prendre des décisions avisées, nos motivations seraient, comme pour les politiciens, tout aussi faussées. Nos motivations d’intérêt personnel à court-terme renverseraient inévitablement les décisions avisées, et ne seraient pas différentes de celles des politiciens qui doivent recherches les votes au lieu de l’intérêt de chacun. La démocracie est épistémiquement et politiquement fausse.

2. Le progrès (de toute sorte) est un jeu à somme négative.

Dans le monde rose-bonbon des étatistes : Le progrès social, en toute chose, est simple à comprendre – il bénéficie à la minorité et appauvrit la majorité. Il suffit d’éliminer le progrès pour rétablir l’égalité entre tous. Le capitalisme, la science, la liberté sociale, et tout autre système volontaire doit être éliminé pour le bien de tous.

C’est réconfortant de penser cela car : Le progrès rends les dynamiques sociales trop complexes et changeantes. C’est bien plus rassurant de penser qu’il suffit d’éliminer toutes ces choses pour rétablir la situation. Nous aimons l’idée de retourner à l’état de nature, et de ne pas vivre le changement.

Dans la réalité : Tous bénéficient du progrès dans des proportions variables. Les pauvres d’aujourd’hui ont une qualité de vie incroyable en comparaison avec les pauvres d’il y a cent ans, ou deux cent ans, à cause du progrès économique, technologique, etc. Ceci est vrai même aujourd’hui : les pays dans lesquels la productivité monte le plus rapidement, voit aussi la plus grande montée de salaires pour les plus bas salariés.

De plus, nous détestons les inégalités entre les plus compétents et les moins compétents, et de revenir à un système moindre amoindrirait les différences, mais tous seraient pauvres. Des billions mourraient de famine à cause de l’incapacité de fournir la relative plénitude agricole que la technologie et le libre marché nous permet maintenant. La solution n’est pas d’éliminer le progrès, mais d’en comprendre les conséquences.

3. Les entrepreneurs (et les agents économiques en général) sont stupides et méchants.

Dans le monde rose-bonbon des étatistes : Le chômage, les mises à pied ne devraient pas exister, et doivent être le résultat d’entrepreneurs exploiteurs, méchants et stupides. L’économie est un système très automatique et mécanique, qui ne change pas, et la technologie n’a aucun impact sur l’économie. Les mauvais côtés de l’économie sont dûs au capitalisme, à la domination des entrepreneurs, et de “l’esclavagisme du travail”.

C’est réconfortant de penser cela car : Cela réduit la situation en une simple motivation de méchanceté, qui est facile à comprendre et à combattre. On n’a pas besoin de comprendre des notions compliquées d’économie quand le problème est un simple groupe de truands, et non des lois inévitables du progrès qu’il faut se forcer à comprendre.

Dans la réalité : Les causes des dépressions et du chômage sont plus complexes. Les deux principales sont la politique monétaire des gouvernements, qui créent de fausses espérances chez les entrepreneurs examinant le marché et donc une subséquente dépression, et les réarrangements structuraux tels que ceux causés par les nouvelles technologies ou le libre-échange, qui demandent des déplacements de travailleurs d’un emploi à l’autre.

Quand les gouvernements montent les taxes, ou changent la politique monétaire, ils ne font que rendre les prévisions entrepreneuriales encore plus difficiles, et donc rendent le déséquilibre encore plus grand. Encore une fois, la solution facile n’est pas la bonne : il faut comprendre les causes profondes du phénomène avant de pouvoir en parler intelligemment.

 

C’est le raisonnement, encore une fois, de l’enfant qui se dit “je ne peux comprendre ce phénomène, alors je dois le détruire”

 

4. Tout le monde est égal, et a les même capacités.

Dans le monde rose-bonbon des étatistes : Tout le monde est égal et a les mêmes capacités. Tout le monde mérite le même sort. Par conséquent, tous ceux qui réussissent dans la vie sont par définition des exploiteurs et des tricheurs, qu’il faut voler pour rétablir la juste balance de la richesse.

C’est réconfortant de penser cela car : Beaucoup d’entre nous sont insécures quant à leur avenir. C’est plaisant de penser que tous devraient être assurés de leur avenir, et aussi plaisant de penser que tous seraient égaux, sans riches qui rendent jaloux ou pauvres qui nous rendent tristes. C’est le raisonnement, encore une fois, de l’enfant qui se dit “je ne peux comprendre ce phénomène, alors je dois le détruire”, qui comme vous l’avez remarqué est aussi présent dans les deux autres points précédents, appliqué à l’inégalité.

Dans la réalité : Tous ne naissent pas égaux en capacités : personne sauf le plus fanatique communiste argumenterait ce fait. Certains sont nés avec plus de capacité intellectuelle, certains avec un corps plus propice au sport, certains avec des tares mentales ou physiques.

De demander l’égalité forcée est un déni de la réalité. Certaines personnes contribuent plus au bien-être économique et social de la société que d’autres, et le libre-marché les récompense par l’échange volontaire. La redistribution de la richesse est une attaque contre la justice économique, et ultimement contre le progrès.

5. Les gens criminels/malhonnêtes/agissant contre le “bien common” n’existent pas.

Dans le monde rose-bonbon des étatistes : Tous les individus sont des parfaits automates, suivant les directives de l’état sans broncher, et leurs désirs sont parfaitement alignés au “bien commun” (quoique cette expression veule bien dire). En pratique, cela veut dire que la recherche de son propre intérêt, et ses conséquences face à l’intervention étatiste (dont le marché noir et les morts éventuelles).
De même, les politiciens ne sont pas corrompus par le pouvoir, n’ont aucune motivation politique, et prennent toutes leurs décisions dans l’intérêt de tous. Aucun politicien ne peut avoir de mauvaises intentions, et utiliser l’appareil de l’état pour amplifier ces intentions.

C’est réconfortant de penser cela car : Cela nous donne confiance au pouvoir de l’état de modeler la société à sa guise, ainsi qu’en la capacité de l’état de gouverner sans inconvénients. Selon la logique étatiste, si l’état est inhéremment juste et obéi, alors il n’y a pas d’obstacles à l’expansion de la société. Tous veulent obéir la loi, et seul l’erreur fait agir les gens contrairement à la loi – le crime n’est qu’une simple erreur de jugement.

Dans la réalité : Bien que beaucoup de gens suivent l’autorité sans poser de questions, même les plus stupides poursuivent leur propres intérêts perçus. Que ce soit des criminels ou des politiciens, tout le monde a une motivation individuelle qui va au-delà

Par exemple, passer des lois contre les armes à feu ne fait du sens que s’il n’existe pas de “criminels” qui passent outre de ces lois. Dans le cas contraire, la majorité des citoyens est désarmée et à la merci non seulement du gouvernement, mais aussi des “criminels”, ce qui est généralement ce qui se passe. Le même phénomène se produit avec les marchés noirs quand le gouvernement augmente les prix planchers de produits dispendieux comme les cigarettes, ou interdit des produits comme les drogues.

De même, les motivations politiques sont bien différentes des motivations civiles. Par exemple, une personne qui est malade souhaite avant tout avoir un service efficace et de qualité. Mais un politicien en charge du service de santé public est motivé par les votes, et doit maximiser le revenu en votes du système avant tout. Ceci donne des résultats qui divergent grandement des besoins. Au lieu de trouver des solutions efficaces (ex. hôpitaux à charte, ouvrir le marché au privé), il trouve des solutions politiques (ex. fermer et ouvrir des hôpitaux à des endroits stratégiques, financer au lieu de solutionner).

Enfin, même si une expansion étatiste sans problèmes était possible, cette expansion n’est pas plus désirable : ses conséquences seraient tout aussi désastreuses, avec la seule différence qu’elle serait beaucoup plus acceptée.

6. Les gens sont complètement déterminés par les médias.

Dans le monde rose-bonbon des étatistes : La personnalité est complètement déterminée par les médias et ce qui nous environne. Regarder une émission de télévision violente rends les gens criminels sur le champ, écouter de la musique violente rends les gens violents, avoir un téléphone cellulaire dans les mains cause un accident sur le champ, tout problème qui pourrait arriver va arriver.

C’est réconfortant de penser cela car : Cela donne une justification aux lois contre la liberté d’expression et la liberté d’échange, nous permettant d’éliminer les pensées ou actions que nous jugeons non-désirables. C’est aussi rassurant parce que cela nous donne une idée simpliste de l’action, qui nous permet de penser qu’il suffit de rendre notre environnement “propre” de toute idée indésirable et tous agiront comme nous le voulons.

Dans la réalité : Les médias, l’internet, les jeux vidéos, les armes à feu, les téléphones cellulaires, sont une petite partie du problème mais non le problème entier. La violence non-justifiée est, à la base, un problème d’éthique personnelle : en tant que tel, l’environnement est secondaire par rapport à l’éducation. De censurer les médias, par exemple, est une solution décidément radicale à un problème qui mérite une approche beaucoup plus profonde. De plus, il faut admettre qu’il y a un certain pourcentage de gens qui sont nés avec des personnalités violentes.

7. Le gouvernement peut gérer les ressources naturelles parfaitement.

Dans le monde rose-bonbon des étatistes : Le consensus général est que seul l’état peut gérer les ressources naturelles “correctement” (quoique cela veuille bien dire dans leur tête), parce que tout bien public n’est pas soumis à la quête du profit et la commercialisation qui caractérise l’entreprise privée.

La variante “écologiste” est que l’état gère mal ces ressources, mais que si des gens plus compétents seraient en place, nos ressources naturelles serait sauvées.

C’est réconfortant de penser cela car : Nous voulons tous que notre environnement ne se détériore pas, mais en même temps la plupart des gens ont une aversion pour l’entreprise privée et ce qu’elle représente. Puisque les politiciens ne sont pas avaricieux et recherchent ardamment le bien commun (voir point #5), l’idéal serait tout simplement que l’état prenne contrôle de tout et que la gestion de l’état soit suffisamment adéquate pour régler les problèmes qui nous proéccupent. Ce raisonnement étatiste est aussi applicable à la plupart des autres problèmes sociaux, mais particulièrement des problèmes environmentaux.

Dans la réalité : Ce n’est pas comme cela que la société fonctionne. Toute gestion publique ne peut être plus efficace que l’entreprise privée, non seulement à cause des défauts inhérents de la centralisation, mais parce que les politiciens auront toujours leurs propres motivations politiques. Comme les ressources publiques n’appartiennent en fait à personne, les politiciens sont libres de les utiliser pour des fins politiques. C’est pourquoi nous voyons la gestion des forêts trop laxiste du Québec et trop sévère des États-Unis, par exemple. De plus, le gouvernement est généralement le plus grand pollueur dans un pays. De plus, la pollution corporative subsiste grâce à l’influence des corporations sur le gouvernement.

Dans un pays libertarien, non seulement y aurait-il des lois contre la pollution qui seraient plus faciles à appliquer, mais il serait dans l’intérêt des propriétaires de ne pas polluer sa propre propriété : de faire autrement diminue la valeur de sa propre propriété, ce qui n’est généralement pas profitable.