Les coûts dissimulés

Bastiat décrit qu’en économie, il est important non seulement de décrire ce que l’on voit, mais aussi ce que l’on ne voit pas. Dans notre exemple de vitre cassée, ce que l’on voit est le remplacement d’une vitre, qui n’aurait pas eu lieu autrement. Mais ce que l’on ne voit pas, ce sont les produits qui auraient pu être circulés dans l’économie au lieu de remplacer inutilement une vitre. Le résultat final est que la vitre cassée est un négatif, et non un positif.

La lesson ne s’arrête pas aux vitres cassés ou aux dommages de guerre. Plusieurs mesures politiques qui semblent sensées, ne le sont que parce que personne ne porte attention à ce que l’on ne voit pas !

1. Le salaire minimum

Les lois établissant des salaires planchers sont des attaques perverses contre les pauvres. Évidemment, leur but est supposément d’élèver leur niveau de vie. Et évidemment nous observons que les salaires augmentent à cause de cet artifice : mais ce n’est ce que l’on voit.

Parce qu’un employé coûte plus cher, les entreprises sont portées à employer moins de travailleurs. Ce qui se passe donc dans la réalité est une augmentation du taux de chômage chez les jeunes et les pauvres, dû à ce salaire plancher. Ceci est vérifié expérimentalement. Le chômage chez les américains adultes est présentement autour de 6% : chez les jeunes américains, de 18% – et l’augmentation de ce taux a commencé quand le salaire minimum a été établi. Une augmentation de 10% du salaire minimum entraîne une augmentation du chômage entre 2 et 6% (Richard Burkhauser, Kenneth Couch et David Wittenberg, “Who Minimum Wage Increases Bite: An Analysis Using Monthly Data from the SIPP and CPS”, Southern Economic Journal, 2000).

2. Les contrôles de prix

Les prix planchers et plafonds en général sont supposés pallier à une situation désagréable. Quand on fixe une limite d’augmentation de prix des logements, c’est supposé aider les locataires. Ce que l’on voit, c’est des prix plus bas.

Mais nous assistons à une éternelle “crises du logement” à Montréal. Pourquoi ? Dans un libre marché, les crises sont temporaires. S’il y a un manque de logements, les investisseurs voient du profit à établir de nouveaux logements : s’il y a trop de logements, il devient plus avantageux de les covertir. Dans une situation où le prix est limité, l’offre est nécessairement basse (simple courbes d’offre et de demande), ce qui entraîne des pénuries.

3. Le coefficient de réserve

L’argent placé en banque retourne des intérêts. Ça nous profite. C’est ce que l’on voit.

D’où viennent ces intérêts ? Le coefficient de réserve au Canada a été aboli en 1993. Ceci permet aux banques de prêter toute l’argent dans les comptes à des entreprises, ce qui donne un intérêt au consommateur. Mais le consommateur a encore accès à son argent. Le résultat est que la masse monétaire se gonfle artificiellement, ce qui entraîne de l’inflation. L’argent perd de la valeur, et la personne moyenne perd du pouvoir d’achat à cause de l’augmentation des prix. Au bout du compte, les intérêts sont destructeurs pour tous sauf les détenteurs de gros comptes en banque.

 

Qui est-ce que vous persécutez ? Pouvez-vous les regarder dans les yeux et leur dire que c’est pour leur bien ?

 

4. La guerre contre la drogue / les motards

Même si quelqu’un est de l’avis qu’il faut combattre la drogue, les lois contre la drogue et contre les motards ne sont pas une solution acceptable. Mais ce que l’on voit, c’est les “high profile” arrestations de réseaux de trafiquants, qui donnent fière allure aux services de police.

Les conséquences qu’on ne voit pas sont : les gens arrêtés pour possession de petites quantités de drogues douces, les sans-moyens malades persécutés pour leur culture de la marijuana, les innocents et les moins innocents morts chaque année de la guerre des motards, la perversion culturelle autour de la drogue causée par la guerre des motards et l’intégrisme anti-drogue, la lutte contre la vie privée, etc.

5. Les lois contre les armes à feu

Quand des lois plus strictes contre les armes à feu sont passées, tout ce que l’on voit, c’est moins de fusils dans la rue.

Ce que l’on ne voit pas, enfin pas tout de suite, c’est la hausse des meurtres et du niveau de criminalité. Pour une réduction de 1% du nombre d’armes, on assiste à une augmentation de 3% des crimes violents. Les états américains qui limitent le nombre de permis de port d’armes ont en moyenne 30% plus de meurtres et 19% plus de viols, dû à l’incapacité des gens de se défendre (de “Suing Gun Manufacturers: Hazardous to Our Health” et “More Gun Controls?”, John R. Lott). En Grande-Bretagne, les lois anti-armes de 1997 ont fait bondir le taux de crimes violents. En fait, le taux de crimes commis avec des armes à feu là-bas a presque triplé entre 2001 et 2002 (London Daily Telegraph, 24/02/2002).

Plusieurs autres exemples pourraient être discutées, mais nous en avons assez pour tirer des conclusions générales. Dans une société moderne, nous sommes dépendant des autres, nos actions sociales et économiques sont inter-reliées. Une intervention qui affecte un maillon de la chaîne d’interactions, les affecte tous.

Dans une société libre, tous sont libres d’interagir à leur guise, tant qu’ils n’usent pas de force ou de fraude. En conséquence, tous poursuivent leur bien propre par la productivité – c’est ce que l’on appelle le progrès. Toute intervention gouvernementale a pour conséquence de rediriger le flot de ressources vers une classe parasitaire (politiciens) et de briser cette poursuite du bien propre. Toute intervention est par définition sub-optimale.

Les questions que tout étatiste doit se poser sont : à qui est-ce que votre opinion politique fait mal ? Qui est-ce que vous persécutez ? Pouvez-vous les regarder dans les yeux et leur dire que c’est pour leur bien ?