Les héros de la censure

Notre société confuse prends ses héros dans les rangs des zéros. L’exemple le plus récent est Virginie Larivière, qui s’est vue attribuer une Décoration pour service méritoire, qui a été annoncé durant plusieurs semaines dans les médias – sans parler des autres nominations, qui sont toutes aussi peu méritoires.


Certes, ceci nous démontre clairement le désavantage de permettre au gouvernement de donner des prix à ses citoyens. Une telle pratique encourage ceux qui jouent dans les mains du pouvoir public, tandis que les combattants pour l’individualisme et la liberté sont laissés pour compte.

La liberté d’expression, un flot vital

Mais le problème le plus criant est la glorification de la censure à laquelle nous assistons. Est-ce que la violence à la télévision est un problème social ? Certainement pas : la télévision est un divertissement, comme tout autre média. Bien sûr le gouvernement n’a jamais eu peur de se mettre le nez dans le divertissement, mais cela n’en fait pas un problème social. Le vrai problème est d’enlever le gouvernement de ce qui ne le regarde pas.

Dans un système libre, la violence, ou l’absence de violence à la télévision, dépend de la demande. On ferait aussi bien de déclarer la couleur de la margarine un problème social : les deux sont des choix de consommateur. On pourrait imaginer que des canaux spécialisés offriraient des produits sans violence pour ceux qui ne veulent pas de violence.

Cependant, que la demande soit suffisante ou non, le rôle du gouvernement n’est pas d’imposer un mode de divertissement à toute la population, mais plutôt de protéger les consommateurs de fraudes. En imposant la censure, le gouvernement va contre les désirs de la majorité des consommateurs (sinon il ne serait pas nécessaire de passer de loi) et étends son pouvoir d’intervention.

Nous voyons la conséquence de ce pouvoir accru aux États-Unis, où le gouvernement menace des industries entières. Récemment, l’industrie du hip-hop s’est vue menacée de censure si elle n’adopte pas des formules de marketing plus strict. Non seulement est-il ridicule de penser qu’une industrie entière pourrait se mettre d’accord sur quelque chose, mais que cette acceptation soit un barème gouvernemental est dangereux.

De même, les projets de loi pour des formules de marketing plus strictes risquent de détruire les solutions privés qui ont émergées pour ce problème. Comment déterminer ce qui est “adulte” et ce qui ne l’est pas ? Évidemment, je suis contre les limites d’âge restrictives que nous avons présentement, mais même pour quelqu’un qui les accepte, la question n’est pas évidente. Les goûts de l’un sont les dégoûts de l’autre. La présence de standards privés doivent évidemment être respectés, dans la mesure où ils donnent des garanties quant à la qualité du standard, mais au-delà de ceci les lois ne devraient pas intervenir.

Ironiquement, quand les entreprises privées exercent de la censure pour accomoder les consommateurs, les gens se plaignent, mais quand le gouvernement impose des standards arbitraires et anti-démocratiques au nom de la culture, ceci est considéré comme le plus grand bien !

Évidemment il est à l’avantage pour une entreprise hébergeant des modes de communication de répondre à la demande générale, mais contrairement aux lois, ces entreprises peuvent se permettre de s’adapter au milieu. Par exemple, AOL, oeuvrant dans le domaine de la population en général, exerce une censure plus stricte sur ses réseaux de communication tandis que les réseaux IRC, étant utilisés par des gens plus expérimentés, permettent une administration locale. Ici l’utilisateur, et non les groupes de pression, est maître de sa destinée.

La proposition que les gens devraient être libre de se procurer n’importe quel produit peut sembler incongrue pour le citoyen moyen. Après tout, nous sommes habitués à avoir notre vie régimentée, et à nous fier, au fonctionnaires pour nous dire quoi regarder, quoi manger et fumer. Mais une telle personne ne peut être appelée libre, et ses besoins ne sont comblés que dans la mesure que ses besoins correspondent à ce qu’un fonctionnaire déconnecté de la réalité a décidé était “correct”.

Pour revenir au cas de la liberté d’expression, c’est une question qui est encore plus simple : toute forme de censure publique est inacceptable. Certains pourraient amener des cas particuliers, comme les menaces, ou la calomnie – des propos faux et portant atteinte à la réputation de quelqu’un – comme étant des formes d’expression à règlementer. Cependant, ces cas ne sont pas criminels. Certainement, de calomnier quelqu’un va atteindre à sa réputation, mais parce que les gens prêtent de la crédibilité à la calomnie, et non à cause de la calomnie même. De plus, tracer la limite entre la critique et la calomnie est une ligne plutôt arbitraire : doit-on arrêter les gens oeuvrant pour la protection du consommateur parce qu’ils proclament un produit ou un autre comme étant moins performant ? En tout et partout, ces cas sont mieux servis par le libre marché.

 
De règlementer les cases horaires des stations de télévision nuit à leur choix de produits, ainsi qu’au choix du consommateur de regarder ces émissions ou non – tout ceci parce que quelques parents sont trop irresponsables pour encadrer les activités télévisuelles de leurs enfants.
 

 

L’argument par la criminalité

Évidemment, les censeurs ne peuvent admettre qu’ils ne font que supporter leur pouvoir ou leur emploi. Il leur faut trouver des justifications qui attirent le plus de sympathie. Comme de se réclamer un champion “pour les enfants” est l’argument le plus sympathique, il est utilisé pour justifier la censure – pour enrayer la violence chez les enfants.

Malheureusement, cet argument ne tient pas debout. Blâmer les jeux vidéos violents et les films d’action pour Columbine ou Littleton fait autant de sens que de blâmer le sexe féminin pour la tragédie de Polytechnique. Aucune personne possédant un bon jugement ne porterait le blâme des action de Valeri Fabrikant sur les femmes qui l’ont rendu amère. Et pourtant le même raisonnement s’applique dans le cas des médias : ils sont tous deux des facteurs environmentaux. Un jeu vidéo ne peut tuer personne, ni un film. C’est une proposition tellement évidente qu’elle a été réduite à l’absurdité, mais elle reste vrai : ce sont des gens qui tuent d’autres gens, pas la télévision.

Cela ne fait pas l’affaire des politiciens, qui capitalisent sur leur habileté à régler des problèmes sociaux : si la censure ne peut régler le problème de la violence, ils ne peuvent prétendre être les artisans d’une solution acceptable ! Nonobstant bien sûr la liberté individuelle, qu’ils ne reconnaissent pas de toute façon.

En pratique, nous avons tous un sens de moralité – il est impossible de vivre sans action. Implicitement ou explicitement, nous agissons selon certains standards. Pour la plupart des gens, ces standards sont implicites, et s’inspirent de la société, des médias, de leur parents, de leurs amis, etc. Il ne faut donc pas se surprendre qu’ils soient influencés par ce qu’ils voient autour d’eux. Sans code moral explicite, on ne peut discriminer les stimulis importants des stimulis non-importants.

Ceci est encore plus vrai pour les enfants, qui n’ont pas vraiment l’occasion de réfléchir sur ces questions. Ajoutant à ceci des parents qui généralement ne prennent pas leur responsabilité de surveiller leurs actions, et l’école qui ne lui enseigne pas les rudiments de base de l’éthique, il ne faut pas se surprendre que certains d’entre eux deviennent violents.

Je pourrais discuter d’une solution éducationnelle à la violence en général, mais l’important quand on parle de politique est que l’état prends la place de la responsabilité des parents, et de ce fait même vole la liberté des gens honnêtes. Prenez les émissions de télévision violentes, par exemple. De règlementer les cases horaires des stations de télévision nuit à leur choix de produits, ainsi qu’au choix du consommateur de regarder ces émissions ou non – tout ceci parce que quelques parents sont trop irresponsables pour encadrer les activités télévisuelles de leurs enfants. Le dommage collatéral de cette mesure bien intentionnée est le contrôle accru du gouvernement sur nos médias, ainsi qu’une perte de responsabilité.

Au bout du compte, les modes de communication ont ceci de différent qu’ils sont plus faciles à cibler. Il est difficile de contrôler ce que les gens regardent dans leur foyers, ainsi que ce que les gens des médias produisent – mais il est facile de contrôler le flot d’information. C’est pour cette raison que Napster est tombé sous les coups de l’état plus facilement que ses confrères. Napster, en tant que pivot entre les producteurs et les consommateurs, était une proie facile pour la justice.

Maintenant, la technologie de programmes distribués nous permet d’éviter une bataille contre l’état policier, parce que les programmes distribués ne peuvent être attaqués à un seul endroit. De faire tomber un réseau comme Freenet ou Gnutella ne demanderait rien de moins que d’attaquer la grande majorité des ordinateurs dans le réseau – une tâche plus ou moins impossible.

Pour réussir à censurer avec succès l’Internet demanderait maintenant de le prendre en charge globalement, par l’usage de taxes sur les transactions digitales, ou autres mesures similaires. De telles mesures ont déjà été entreprises, et passerons sans nul doute dans les prochains mois. Si cette prédiction se réalise, nos chances d’un monde libre seront encore plus sévèrement compromises, voire même disparues.