Le mythe du “bien commun”

Une singulière industrie s’est formée autour d’opinions politiques : une industrie qui combat les fondations de l’industrie moderne. C’est la vente de l’étatisme, du socialisme, du collectivisme. Ils lèvent l’étandard du “bien commun” et de la collectivité pour évoquer la compassion et le sens de la justice d’un public qui n’est pas informé des faits.

La notion de “bien commun” et de sacrifice pour la communauté est l’enfant de l’utilitarianisme, une idéologie éthique populaire. Bien que dans les faits personne ne la pratique constamment, elle est considérée comme “supérieure”.

Voici, simplement exprimé, l’argument par le “bien commun” :

1. Le “bien commun” est un bien supérieur au “bien individuel” – c’est le plus grand bien. Le “bien commun” est basé sur le sacrifice de l’individu pour la communauté. (prémisse du “bien commun”)
2. Seule une autorité globale et publique, comme un gouvernement, peut implémenter ce “bien commun”.
3. Plus le gouvernement est puissant, plus il peut implémenter de sacrifices, et donc de “bien commun”.
4. Le gouvernement doit être puissant. (étatisme)

Cet argument peut être exprimé de façon plus subtile de la manière suivante :

1. Le “bien commun” est un bien supérieur au “bien individuel” – c’est le plus grand bien. Le “bien commun” est basé sur le sacrifice de l’individu pour la communauté.(prémisse du “bien commun”)
2. Seulement deux options sont possibles comme choix de société : le règne du gouvernement ou le règne des corporations.
3. Les corporations ne poursuivent que leur bien individuel.
4. Les corporations ne peuvent donc être des agents de “bien commun”, et le règne du gouvernement est le meilleur.
5. Plus le gouvernement est puissant, plus il peut implémenter de sacrifices, et donc de “bien commun”.
6. Le gouvernement doit être puissant. (étatisme)

Il y a de nombreux problèmes avec cet argument. Le problème le plus important est que le “bien commun” n’existe pas.

Certes, le bien existe, et on peut le mesurer de différentes façons : une haute espérance de vie, un bas niveau de pauvreté, un haut niveau de mobilité sociale et économique, un haut niveau de technologie, un haut niveau d’équipements médicaux, un haut niveau d’utilité et de conservation environmentale, ne sont que quelques unes de ces mesures.

Mais le terme “bien commun” ne désigne rien – le bien n’est pas partagé en commun, seuls des individus peuvent recevoir du bien ou du mal. Toutes les mesures que j’ai énumérées sont des moyennes de satisfaction individuelle.

Une collectivité ne peut agir, penser ou manger : seul un individu, ou plusieurs individus, peuvent agir, penser, manger. Il n’existe pas de “bien commun” ou même de collectivité qui reçoit les fruits de notre sacrifice.

 

Une collectivité ne peut agir, penser ou manger : seul un individu, ou plusieurs individus, peuvent agir, penser, manger. Il n’existe pas de “bien commun” ou même de collectivité qui reçoit les fruits de notre sacrifice, mais que la somme des biens individuels. Dans la pratique, les taxes et impôts, les limites sur notre liberté, ne profitent qu’aux politiciens et à leurs supporters.

La seconde prémisse est aussi basée, non seulement sur une fausse dichotomie, mais sur un autre concept collectif : les corporations. C’est un mythe perpétué par nos lois que les corporations pensent et agissent. On leur donne même le nom de “personne morale”. C’est facile d’attaquer un “ennemi” en le dépersonnalisant – dans ce cas, en personnalisant la collectivité dont ils font partie.

Mais comme n’importe quel construction sociale, une corporation ne fait pas ces choses, les personnes la composant les font. Nous pouvons les appeler, de façon plus appropriée, des agents économiques.

C’est aussi une fausse dichotomie de dire que nos seules options sont l’étatisme ou le corporatisme. Il existe d’autres options, dont évidemment le capitalisme, qui est basé non pas sur le pouvoir politique ou social, mais sur les échanges volontaires.

La proposition que les “corporations” ne poursuivent que leur bien individuel est vraie, mais triviale. C’est vrai par définition de tous, qu’ils soient agents économiques, politiciens, ou font tout autre métier. Nous poursuivons tous notre intérêt individuel, de la manière dont notre position le permets le plus. En fait, ceci est contenu dans la première prémisse : si ce n’était pas le cas, alors aucun sacrifice ne devrait être forcé sur les individus. Nous nous sacrifierions tous volontiers.

Sans bien commun, sans fausse dichotomie et sans mérite particulier aux gouvernements, l’argument par le “bien commun” est irrécupérable.

Il est toujours possible de modifier l’argument pour en faire une question de bien individuel. Le gouvernement serait-il le meilleur moyen d’implémenter un bien individuel optimal ? Peut-être, mais cette thèse doit être évaluée logiquement et statistiquement, et non par des argument fautifs.

Des deux points de vue, j’ai déjà établi que la supériorité des libres marchés en termes économiques et sociaux existe au-delà de tout doute raisonnable (voir mon article anglais “An evaluation of capitalism vs statism”). Pour finir cet article, je vais expliquer brièvement la nature du bien individuel et de l’intérêt individuel. J’ai déjà discuté en profondeur de cette question dans mes articles “Le chaos et la main invisible” et “Good greed and bad greed”.

En bref, c’est un fait établi que nous poursuivons tous notre bien individuel, rationnellement ou non. Cet état de faits n’est pas nécessairement destructeur : l’effet dépends du type de société dans laquelle les agents économiques évoluent.

Dans une société où le pouvoir politique est grand, il est dans l’intérêt de tous d’utiliser ce pouvoir de coercion pour atteindre ses fins. Ceci est éminemment destructeur, comme en témoigne aujourd’hui à une plus petite échelle les groupes de pression, dons corporatifs et jeux de coulisse qui régissent la politique démocratisée.

Mais dans une société où le pouvoir politique est réduit, la faible portée de pressions publiques rends cette option peu reluisante, et restreint les agents économiques aux échanges volontaires.

Dans un système composé d’échanges volontaires, tous sont libres d’y trouver leur compte dans la mesure du possible. C’est cette dynamique qui engendre le progrès observé dans les pays libres : une telle liberté dans la recherche du bien engendre inévitablement la compétition, qui engendre une augmentation de l’efficacité et une recherche du bien d’autrui. Mais il faut bien comprendre que cette recherche du bien d’autrui n’est pas altruiste. Une imposition de sacrifices, c’est-à-dire l’altruisme institutionalisé, ne peut que déstabiliser l’optimalité des systèmes volontaires, et de cette façon donner les résultats sub-optimaux que l’on observe dans la corrélation entre liberté économique et pauvreté.