Pourquoi l’anarchisme n’est pas la solution

Le libertarianisme, étant un système peu connu, est souvent confondu avec l’anarchisme. Cependant, les deux positions sont très différentes. L’anarchisme en général est une classe de systèmes sans gouvernement formel – donc, sans source de force principale. Le libertarianisme est une classe de systèmes à gouvernement réduit. Cette confusion est un des facteurs qui poussent les gens à rejeter les partis ou organisation libertariennes.

En fait, le libertarianisme est très loin de l’anarchisme, qui est souvent associé au socialisme ou même au communisme. Ceci peut sembler être une contradiction, mais l’anarchisme permet un socialisme individuel – c’est-à-dire, comme chacun fait sa propre loi, des groupes d’individus pourraient imposer un partage ou une redistribution de propriété à d’autres. C’est ce désir d’oppression sans être empêché par la liberté des autres qui explique que la plupart des anarchistes soient socialistes.

Il existe un autre type d’anarchistes, les anarcho-capitalistes, qui, eux, prétendent le contraire – que l’anarchisme mènerait à une société plus libre, et que la solution aux abus publiques est de dissoudre le gouvernement. Évidemment, les deux ne peuvent avoir raison. Il est inévitable qu’en moyenne, dans un contexte et culture donnés, un système sans gouvernement obtiendrait soit un système capitaliste ou socialiste.

Pour confirmer ou infirmer l’anarcho-capitalisme, d’affirmer une solution ou une autre n’est pas suffisant. Il faut comprendre certains faits de base. Dans un système gouvernemental, la société est divisée en trois niveaux principaux : le niveau politique (dans un système socialiste, la classe politique-banquaire, les groupes de pression, et les supporters du régime en place), le niveau social (les compagnies et organisations privées) et le niveau individuel (le choix individuel de chaque personne dans une société). Évidemment chacun d’entre eux est subdivisé en plusieurs parties, mais pour les fins de la discussion, cette simple division est suffisante.

Si nous éliminons le gouvernement, nous avons donc une société composée uniquement d’entreprises et autres organisations privées. Mais ces organisations ne sont pas inhéremment limitées à respecter les droits des individus : la nature des corporations fait qu’elles dépendent directement de la demande. L’anarcho-capitalisme est donc absurde, puisque ces organisations, qui remplaceraient le gouvernement, n’auront aucun intérêt à soutenir un système capitaliste, car comme nous le constatons à chaque élection, la demande penche drastiquement vers le socialisme.
La nature démocratique de l’économie de marché est son point fort, mais aussi son point faible. Le libre-marché est la plus vaste et grande démocratie du monde. Restreinte par la loi, elle n’en est que plus puissante. Sans la loi, elle devient dévastatrice.

Bien que l’anarchie donne superficiellement une impression de liberté débridée, elle ne donne réellement de liberté qu’aux plus forts, ceux qui peuvent imposer leur loi sur les autres, grâce à la demande.

Voici donc la raison pourquoi l’anarchisme n’est pas une solution convenable. Si la question qui détruit toute prétension d’un état fort est “comment allez-vous fournir ceci ?”, la question qui détruit toute prétension d’anarchisme est “qui va légiférer contre ceci ?”. Sans encadrement gouvernemental, aucune loi, aucune liberté n’est garantie, comme aucune liberté n’est garantie dans tout autre système démocratique. Un gouvernement libertarien est limité : une corporation ne l’est pas.

Il n’y a aucune différence en pratique entre une corporation dans un système anarcho-capitalisme et un gouvernement démocratique, à l’exception que la corporation peut gagner ou perdre des clients plus facilement (à moins qu’elle décide d’utiliser la force pour faire taire les dissidents, bien sûr). Les corporations – ou plus exactement les individus qui les composent – deviennent les nouveaux présidents de la démocratie de consommation.

Le libre marché est plus efficace économiquement que les organisations publiques, et donc l’administration de la justice, police et armée serait aussi plus efficace dans un système privé. Mais l’énergie nécessaire pour défendre nos droits de propriété (qui n’existent plus sans un gouvernement pour les protéger) serait un gaspillage comparable. De plus, un système privé serait basé sur la compétition (la démocratie de consommation), et non sur les faits.
La différence fondamentale est que les activités policières, judiciares et militaires de l’État sont des fonctions d’encadrement, et non de production directe. Elles assurent que les activités de tous sont faites dans le cadre des droits naturels de chaque individu. Elles sont basées sur des faits politiques. Pour cette raison, elles doivent être motivées par ces faits.

Sans un libre marché encadré, les bienfaits de la liberté sont perdus. La notion de concurrence implique nécessairement l’adaptation du produit pour sa clientèle, ce qui implique la non-suprémacie des droits individuels. Ces tribunaux privés ne fournissent, politiquement parlant, rien du tout.