Voter sur la vérité

Dans l’esprit politique moderne, le 20ème siècle a été une lutte de la démocracie contre le totalitarisme. Cependant, un point de vue libertarien nous montre que cette lutte n’est qu’entre deux maux.

Le système démocratique est inhéremment plus adapté à la vie sociale qu’un système totalitaire, parce qu’il diminue considérablement le risque de révolte et de désaccords. Ce phénomène est dû au système de vote – direct ou représentatif – qui modèle la société hôte. En satisfaisant les majorités sur divers sujets, la probabilité de révolte est réduite considérablement : le système maintient au moins l’illusion de travailler dans l’intérêt des personnes le composant. Au contraire, dans un système totalitaire, le dictateur doit satisfaire, du moins en surface, les besoins de ses citoyens ou faire face à une plus grande possibilité de révolte.

Malheureusement, cette plus grande stabilité vient à un lourd prix. Des centaines de milliers de personnes meurent chaque année par la main des démocraties.

La vérité infuse

Les bases théoriques de la démocratie sont déficientes. En effet, de proposer que le vote populaire (ou ses variantes) est une manière valide de régire une société équivaut à proposer l”inter-subjectivisme comme barème de la vérité.

Dans tout domaine rationnel, comme la science, cette méthode serait considérée ridicule. Le domaine scientifique en général se base sur des méthodes objectives : l’observation, la confirmation, l’isolation de facteurs, et autres. Imaginez, par exemple, si la décision était prise de décider du contenu des sciences par le vote populaire. Si la majorité des gens votent contre la théorie de la gravité, les objets ne se mettrons pas à flotter pour autant.

Mais cet exemple hypothétique est exactement ce que nous avons en politique. Notre manière de vivre en société est déterminée par les remous houleux de l’opinion publique et du bon vouloir des hommes politiques. Seul les gouvernements sont assez arrogants pour tenter de régimenter la science par les votes, dans ce cas plus précis par les subventions.

Non, la démocratie n’est pas un moyen valide de trouver la vérité, surtout dû au fait que la plupart des gens ne sont pas politiquement éclairés. Nul profane clamerait être un expert en physique des fluides (sauf peut-être quelques “illuminés”), mais les systèmes démocratiques présupposent que la population fait partie du processus de décision en ce qui a trait à la politique. Si la grande majorité des gens peuvent se tromper sur des choses techniques élémentaires, cela est autant vrai pour un domaine complexe comme la politique.

Il y a certainement des objections possibles à ce constat. Une de ces objections serait que la politique, contrairement à tout autre domaine, affecte directement la vie des gens, et qu’on ne peut donc les écarter du processus.

Mais au contraire, cette objection n’est qu’un désavantage supplémentaire pour la thèse inter-subjectiviste.
Encore une fois, un exemple scientifique : si vous avez à subir une opération particulièrement délicate au coeur et que vous discutez de celui qui fera cette opération, allez-vous décider de vous faire opérer par un spécialiste du coeur, ou une personne cueillie sur la rue ? Le fait que la chose soit aussi cruciale n’est qu’une raison supplémentaire pour ne pas la laisser entre les mains de n’importe qui.

Quel est donc le résultat de cette tyrannie de la majorité ? Des sociétés dans lequelles les traditions et idées reçues priment sur la vie des citoyens.

Un exemple criant est la guerre contre la drogue. Les idées reçues sur la drogue sont négatives : la drogue est un “fléau”, il faut légiférer contre les “méchants” qui se promènent avec une once de cannabis dans leurs poches, la drogue dans le sport est contre “l’éthique” sportive. Or, quel est le résultat ? Un marché noir où règne la violence, des gens accrochés à la drogue et des morts à cause d’impuretés, des policiers qui en profitent pour prendre un pouvoir incroyable par les lois, et des citoyens honnêtes qui voient leur libertés brimées par cette lutte dont ils ne font pas partie, sans parler bien sûr des masses qui sont emprisonées pour des trivialités. Combien de vies sont ruinées par cette guerre sans rime ni raison.
Le contrôle des armes à feu est un problème similaire. Avec le but allégué de réduire la criminalité (ce qui a été d’ailleurs prouvé faux empiriquement), ce contrôle ne fait que priver les citoyens honnêtes du meilleur moyen de défense que nous connaissons.

La solution au problème humain

La vraie dichotomie n’oppose pas la démocratie au totalitarisme, car ils sont tous deux des formes de dictatures humaines – la seule différence est que le totalitarisme est une dictature de l’un ou du petit groupe, tandis que la démocratie est la dictature de la majorité. La véritable dichotomie est entre la dictature humaine et la dictature de droits.

Évidemment, le problème fondamental de tout système basé sur les droits et non sur l’action humaine est que la protection des droits dépend des individus composant la société. Donc, on ne peut écarter l’influence humaine sur le système dans aucun cas. Mais cela ne veut pas dire que cette influence doit primer.

Historiquement, un seul système de gouvernement a réussi à maintenir un système de droits dans une certaine mesure, la République basée sur le constitutionalisme, comme aux États-Unis.

Le rôle d’un document constitutionnel est de fixer les principes de base guidant les lois et structures d’un pays. Le document doit être difficile à modifier, sinon ce rôle devient négligeable : en fait, le problème aux États-Unis est venu du fait que la constitution était trop facile à changer et interpréter, et maintenant les lois ne maintiennent plus les droits humains bien que la constitution existe toujours.

Le système républicain (non dans le sens du Parti Républicain, bien sûr) entraîne une claire séparation de pouvoirs et un système de “checks and balances” – i.e. une opposition entre différentes parties du gouvernement pour les empêcher d’agir dans des domaines qui ne sont pas les leurs, ou pour rendre l’adoption de mesures négatives plus difficiles.

Évidemment, aucun système politique ne peut être parfait à moins d’avoir une population politiquement éclairée, ce qui semble peu probable. Au moins, un système non-démocratique ne dépend pas directement de l’intelligence de tous ses citoyens dans un domaine précis pour bien fonctionner.

La solution sociolibertarienne, au niveau local, est de remplacer le pouvoir des municipalités et comptés par des regroupements contractuels, libres à tous de joindre ou de ne pas joindre. Ceci rendrait les communautés une autre forme de libre-marché, ce qui est beaucoup plus “démocratique” !