La magouille du sport amateur

Synchronisation des scandales

Le scandale de Synchro Québec n’est qu’un autre syndrome de cette mentalité. Non seulement remue-t-il le sentiment nationaliste puéril au Québec, mais il remet aussi en question le sport socialisé.

L’histoire tourne autour de l’établissement du Centre d’excellence (un centre d’entraînement pour les nageuses) pour les quatre prochaines années. Les meilleures nageuses viennent du Québec – elles ont remportées 18 médailles d’or sur 21 lors des championnats nationaux de 2000 –, mais l’entraîneur national en chef, qui habite à Etobicoke, a fait campagne pour le choix de cette ville malgré que celle-ci n’ait posé aucune candidature.

Le secrétaire d’État au Sport amateur Denis Coderre a alors demandé une enquête par une organisation indépendante en décembre dernier – mandat qui a été accordé au Centre canadien d’éthique dans le sport, un organisme d’« éthique » qui, ironiquement, lutte contre la drogue. Synchro Canada ayant refusé de fournir les documents nécessaires à l’enquête, le gouvernement s’est retiré du programme et ne financera plus l’entraînement des nageuses.

Cette situation évite de poser la question la plus évidente: pourquoi le gouvernement du Canada finance-t-il la nage synchronisée? Ici le principe de Chodorov n’a jamais été plus évident. Le principe de Chodorov consiste en le simple fait qu’un problème dans une organisation ou fonction gouvernementale peut être facilement résolu en abolissant cette fonction ou organisation. La situation illustre aussi comment le problème nationaliste n’est pas résolu, mais plutôt remué, par un gouvernement central fort.

Mais nos gouvernements ne peuvent s’arrêter de mettre la main sur tout ce qui bouge dans le sport, à coups d’organismes et de congés fiscaux. Plus de 60% des stades et arénas utilisés par les équipes professionnelles depuis les dix dernières années sont la propriété du public, comme le Stade Olympique de Montréal (« The Stadium Gambit and Local Economic Development », Regulation Magazine, Vol. 23 No 2).

Le sport amateur est généralement beaucoup plus socialisé, parce qu’il est lié au domaine de l’éducation (notamment les « fameux » programmes sport-études) et à la fierté olympique. Sport Canada enveloppe les athlètes « cardés » – i.e., qui répondent aux critères de Sport Canada – dans de la ouate, en payant pour leurs dépenses normales et leur entraînement, sans même avoir à justifier leur apport à la société (qui est généralement très bas, à part bien sûr pour ce qui est de l’apport de votes). La même chose est vraie pour les organisations de sport qui répondent aux critères du gouvernement, comme par exemple l’Association canadienne de canotage et Basketball Canada, qui reçoivent chacun trois quarts de million $ par année. Le gouvernement du Québec en fait de même depuis que le budget 2000 de la province a fait du sport une priorité, au coût de 17 millions $ par année.

 
     « Il y a quelques jours, Denis Coderre a annoncé le nom de sa nouvelle réforme sportive: “Bâtir le Canada par le sport”. C’est moi qui délire ou il y a une connotations vaguement nazie dans ce slogan…? »
 

Mais ce n’est évidemment pas assez, parce que le Canada a mal paru lors des derniers Jeux olympiques. La récolte de 14 médailles (en comparaison avec 22 médailles à Atlanta) démontre le peu d’effort que nous faisons au nom du sport! Ou est-ce vraiment le cas? Bizarrement, personne ne conteste que les éléments étaient là pour remporter des médailles. On peut attribuer une grande partie de cette contre-performance au fait que les Olympiques ne sont qu’un juge ponctuel de performance, pas nécessairement un juge parfait de la qualité sportive.

Il y a quelques jours, Denis Coderre a annoncé le nom de sa nouvelle réforme sportive: « Bâtir le Canada par le sport ». C’est moi qui délire ou il y a une connotations vaguement nazie dans ce slogan…?

Le sport comme outil politique

Même si le Canada prenait vraiment du retard au plan du sport amateur, est-ce que cela justifie le vol public au nom du succès? D’entendre les athlètes élever les Olympiques au rang d’urgence nationale après les derniers jeux constituait un spectacle pour le moins burlesque. Qu’un pays de seulement 30 millions d’habitants réussisse à faire bonne figure sur la scène internationale est un exploit, quelle que soit la moyenne de médailles.

Il faut se rendre à l’évidence: le sport est avant tout un outil politique. Les athlètes, autant professionnels qu’amateurs, réalisent qu’ils ont le mauvais bout du bâton dans la lutte des groupes intérêts, malgré le fait que les sportifs soient traditionnellement une classe favorite des pays socialistes avec les scientifiques, les docteurs, les avocats et nos bons fonctionnaires. À preuve: nous tolérons la richesse relative de ces travailleurs mais la richesse de l’homme d’affaires, du chercheur privé, nous est insupportable. Notre classe sociale retardataire se pointe maintenant le bout du nez pour recevoir son dû.

Quelle est la motivation politique derrière le sport? Certains sociologues disent que le sport est une sublimation de la guerre et des instincts violents. Bien que ceci soit vrai pour les sociétés primitives, il semble plus probable que cet instinct existe sous une autre forme au niveau moderne.

La thèse courante veut que la forme la plus populaire depuis le 19e siècle soit le « nationalisme sportif », c’est-à-dire l’idée que la ferveur sportive reflète la ferveur de l’identité nationale. Le sport serait l’agent de soutien, prestige, et propagation de l’identité nationale face à la globalisation culturelle.

Il semble que l’idée de la jeunesse et de la vigueur accomplissant des exploits dans un contexte compétitif éveille les passions. Même dans des systèmes totalitaires, personne ne hue la vertu. Pierre de Coubertin, le fondateur des Jeux Olympiques modernes, disait:

          La première caractéristique essentielle de l’olympisme ancien aussi bien que de l’olympisme moderne, c’est d’être une religion. En ciselant son corps par l’exercice comme le fait un sculpteur d’une statue, l’athlète antique honorait les dieux. En faisant de même, l’athlète moderne exalte sa patrie, sa race, son drapeau. (« Les assises philosophiques de l’Olympisme moderne », dans L’idée olympique, 1967.)

Le succès des habitants d’un pays dans le sport ne peut être naïvement calculé comme une fonction directe de la quantité de taxes gaspillées dans des programmes sportifs et dans le paiement d’athlètes. On retrouve des influences historiques, des conditions socio-économiques particulières – comme dans le cas des pays communistes qui généralement endoctrinent les athlètes à un très jeune âge –, des facteurs génétiques, et évidemment le désir des athlètes de performer au meilleur d’eux-mêmes.

Avant de se demander quelle sorte de culture sportive nous voulons imposer par la force des taxes, nous serions sages de nous demander ce que le gouvernement vient faire dans la culture, ou dans le sport.