Mauvaise Compagnie

Les lois antigang ne sont qu’une nouvelle manifestation de l’État-policier – le petit cousin bâtard de l’État-providence.

La condamnation de quatre personnes liées aux Rock Machines, le 3 mars dernier, démontre la véracité de cette proposition. Un des condamnés a reçu une sentence de plus de six ans de prison pour gangstérisme, tandis que les autres ont été condamnés à plus de trois ans de prison. D’autres peines pour trafic et possession de stupéfiants se sont ajoutées. La défense entend porter la cause en appel.

Le procureur de la Couronne a expliqué que le processus n’a eu aucun effet dissuasif. Ceci est pour le moins bizarre. Les accusés n’ont en effet commis aucun crime au sens objectif du terme! Peut-être que le procureur aurait dû expliquer comment dissuader quelqu’un accusé d’un non-crime de ne pas recommencer.

Loi dans vacuum
 
Les lois contre le gangstérisme affectent toute personne qui participe aux activités d’un groupe dont au moins un des membres est un criminel depuis cinq ans, et qui est « mêlé » à la perpétration d’un acte criminel commis par un de ces membres. Ceci est assorti d’une peine maximale de 14 ans de prison. En d’autres mots, n’importe quel crime vieux de plus de cinq ans qui peut être mis sur le dos d’un membre du groupe auquel vous appartenez permet à la justice de vous envoyer en prison pour 14 ans supplémentaires. Très gangstériffique!

Cette loi existe dans un vacuum, sans base ni fondement, attribuant aux membres d’un groupe moins de droits qu’aux autres individus, et brisant la liberté d’association. Elle n’existe que pour empiéter sur les droits des citoyens en utilisant comme prétexte le phénomène des gangs. Les guerres sont un outil essentiel pour les États qui tentent de rendre l’opinion publique favorable à l’accaparement gouvernemental du pouvoir, comme nous l’observons avec la guerre à la pauvreté, à la drogue, et ici au Québec la guerre contre les motards.

Récemment, au fait, une autre nouvelle a fait surface à l’effet que l’Agence des douanes et du revenu ouvre des lettres provenant de l’étranger dans le but de faire respecter les lois antidrogues. Nous savons déjà que le gouvernment participe à des programmes internationaux d’écoute électronique et qu’il n’a pas peur de la censure au nom du « politicallycorrect ». Il semble que notre vie privée soit devenue non-existante! Que les médias et la société en général ne s’indignent pas de ces mesures indique le degré d’érosion de la liberté auquel nous sommes maintenant confrontés.

 
     « Les guerres sont un outil essentiel pour les États qui tentent de rendre l’opinion publique favorable à l’accaparement gouvernemental du pouvoir, comme nous l’observons avec la guerre à la pauvreté, à la drogue, et ici au Québec la guerre contre les motards. »
 

Évidemment de telles mesures ne pourraient exister sans l’idée sous-jacente que les cibles de la « guerre » doivent être éliminées. Que la pauvreté devrait être éliminée, soit: ceci n’est pas difficile à accepter (mis à part, bien sûr, que le seul moyen d’enrayer la pauvreté est une économie libre). Mais des revendeurs de drogue? Est-ce là une marque de l’envie institutionalisée de notre société primitive? Ou une simple haine sans objet précis? Qui peut le dire? Quoi qu’il en soit, cette idée montre un manque démesuré de responsabilité sociale de la part des Québécois en général et ouvre la porte à l’abus que nous connaissons aujourd’hui.

Nouveau/vieux réflexe

Les accusations de gangstérisme ne sont qu’une nouvelle manière de mettre en vigueur la « crimepensée » au Canada. Comme l’admettaient en septembre dernier ses supporters, l’idée même d’une loi antigang va à l’encontre de la Charte des droits (aussi maigre soit-elle). « Il n’est pas normal que la Constitution protège des bandes criminelles, » clame le député bloquiste Michel Bellehumeur. « Les bons esprits qui brandissent la Charte n’ont qu’à aller se rhabiller, » de renchérir son collègue Yvan Loubier (Le Devoir, 15 sept. 2000). Les corps policiers renchérissent en demandant plus d’« outils », comme si leur rôle était de déchirer le tissu social avec une scie tronçonneuse.

Au diable la liberté d’association! Il vaut mieux essayer d’aller ramasser des votes en ayant l’air de faire quelque chose. Pourtant, s’il y en a qu’il faudrait accuser de gangstérisme, ce sont bien les députés du Bloc Québécois, qui ne semblent pas dédaigner le vol et la censure pour arriver à leurs fins.

Il faut rejeter avec vigueur ces nouvelles lois de crimepensée. Après les lois contre la haine qui envoient en prison pour des mauvaises pensées (quelquefois reflétées dans de mauvaises paroles ou mauvais écrits, mais souvent sur une simple présomption), nous avons maintenant les lois contre les gangs pour nous condamner sur la base de nos appartenances. Un crime est un crime, qu’importe ce que la personne pense ou ne pense pas: nos systèmes de justice devraient en être avisés.